Reporters sans frontières a publié une enquête sur l’accès à des contenus de médias russes sanctionnés via des chatbots. Selon les éléments relayés par Next le 3 septembre, l’ONG estime que les interdictions européennes décidées depuis 2022 peuvent être contournées par de simples requêtes adressées à des agents conversationnels.
RSF documente l’accès à RT et Sputnik via ChatGPT
L’étude de RSF vise un angle précis, celui de la circulation de contenus provenant de RT et de Sputnik par l’intermédiaire d’outils d’intelligence artificielle. Ces deux médias russes font partie des services dont la diffusion est interdite dans l’Union européenne depuis 2022, dans le cadre des mesures prises après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’ONG affirme que cette interdiction perd de son efficacité lorsque les contenus réapparaissent sous forme de résumés, de citations ou de recherches effectuées par des chatbots.
Les tests mentionnés par l’organisation portent sur plusieurs services utilisés par le grand public, dont ChatGPT, Gemini, Claude, Grok et Vibe, anciennement Le Chat de Mistral. Dans plusieurs cas, les réponses ne se limitaient pas à signaler l’existence de sites sanctionnés. Les agents auraient fourni des éléments issus d’articles, résumé des publications ou effectué des recherches sur des pages concernées par les restrictions. Ce point est central pour RSF, car le résultat final rend accessible une information dont la diffusion directe est prohibée.
Le fonctionnement technique explique en partie cette situation. Les assistants récents ne reposent plus seulement sur des réponses générées à partir d’un modèle préentraîné. Certains peuvent interroger le web, synthétiser des pages ou répondre à partir de résultats de recherche. Une requête formulée comme une demande d’analyse, de vérification ou de résumé peut donc servir de détour vers un contenu bloqué. RSF indique avoir reproduit plusieurs scénarios, avec des réponses variables selon les outils et selon la manière de poser la question.
Pour l’ONG, le problème dépasse le simple incident technique. Vincent Berthier, responsable du bureau technologies et journalisme de RSF, estime que les sanctions de l’Union européenne n’atteignent pas leur objectif dans ces conditions. Cette position place les entreprises d’IA face à une responsabilité nouvelle, filtrer l’accès aux sources sanctionnées sans empêcher le travail légitime de recherche, de critique ou de documentation journalistique.

Meta AI sert de contre-exemple dans l’enquête de RSF
Dans le relevé publié par RSF, Meta AI occupe une place particulière. L’outil aurait refusé de répondre aux demandes visant des médias russes frappés par les sanctions européennes, en indiquant respecter le cadre applicable. L’ONG y voit la preuve qu’un chatbot peut intégrer des limites opérationnelles lorsqu’une règle juridique claire existe. Cette différence affaiblit l’argument selon lequel les réponses problématiques seraient inévitables pour des systèmes conversationnels connectés au web.
RSF demande désormais à Bruxelles d’ouvrir une enquête visant OpenAI, afin d’évaluer si ChatGPT respecte ses obligations de prévention des risques systémiques liés à la désinformation. L’organisation souhaite aussi le déclenchement de procédures concernant d’autres agents d’IA. La demande s’inscrit dans un débat plus large sur la capacité des autorités européennes à appliquer des règles pensées pour les plateformes numériques à des interfaces conversationnelles qui redistribuent l’information sous une forme nouvelle.
Le dossier présente une difficulté concrète pour les régulateurs. Un moteur de recherche affiche généralement une liste de liens, tandis qu’un chatbot reformule, trie et hiérarchise les informations pour l’utilisateur. Cette médiation donne à la réponse une apparence de synthèse neutre, même lorsque la source initiale relève d’un média sanctionné. Les outils doivent donc pouvoir identifier les domaines concernés, limiter les reprises substantielles et documenter les refus opposés aux utilisateurs. Un simple blocage par mots-clés paraît insuffisant, car les requêtes peuvent être reformulées de nombreuses façons.
Pour les rédactions, les chercheurs et les organisations de défense de la liberté de la presse, l’enjeu porte aussi sur la traçabilité. Un contenu sanctionné peut circuler sans lien visible, sans logo et sans mention claire de son origine, ce qui complique le travail de vérification. Les prochains échanges entre la Commission européenne, les entreprises d’IA et les ONG devraient porter sur des audits techniques, des listes de sources à risque et des règles de transparence permettant de distinguer l’analyse critique d’un relais automatisé de propagande.

Questions fréquentes
- Que reproche RSF aux chatbots testés ?
- RSF leur reproche de permettre l’accès à des contenus issus de médias russes sanctionnés, notamment par des résumés, des citations ou des recherches effectuées à la demande des utilisateurs.
- Quels médias russes sont concernés par l’enquête ?
- L’enquête cite principalement RT et Sputnik, deux médias russes dont la diffusion est interdite dans l’Union européenne depuis les sanctions décidées en 2022.
- Pourquoi Meta AI est-il mentionné séparément ?
- Selon RSF, Meta AI a refusé les demandes visant les médias sanctionnés en rappelant le cadre européen, ce qui montre qu’un filtrage opérationnel peut être mis en place.
À retenir
- RSF affirme que plusieurs chatbots donnent accès à RT et Sputnik.
- Les sanctions européennes contre ces médias datent de 2022.
- Meta AI aurait refusé les requêtes liées aux médias sanctionnés.
- L’ONG demande une enquête européenne visant ChatGPT.
Sources
- RSF pointe le contournement facile des sanctions contre les médias russes via les chatbots – Next
- Chatbots: RSF dénonce l’accès aux médias russes interdits
- Despite EU sanctions, AI agents serve Russian propaganda on demand
- RSF : des chatbots relaient des médias russes sanctionnés | Brief IA
- Malgré les sanctions de l'UE, des chatbots continuent de …

